Claude GAZIER
Artiste peintre.
Exposition Claude Gazier à la Galerie des Sablons de Saint-Malo du 11 juin au 23 juillet 2011.

Son œuvre a fait l'objet d'une rétrospective magistrale à La Villa Tamaris près de Toulon début 2011.
Passionné par l'âge d'or du cinéma, l'artiste peintre décline les icônes de l'histoire du cinéma dans des scènes mythiques qui habitent sa mémoire et la nôtre. Claude Gazier repense, recompose le cinéma, fait un arrêt sur image pour finalement jouer avec la reconnaissance sans pour autant s'y confondre.
Tel un jeu de piste, vous pourrez identifier les stars du panthéon cinématographique : Cary Grant et Grace Kelly dans "La Main au Collet", Gabin et Michèle Morgan dans "Quai des Brumes", Simone Signoret dans "Macadam" ou encore Marlon Brando et Brigitte Bardot.
Claude Gazier s'implique dans la vie artistique de nombreuses villes dont Lyon, sa ville natale, Paris (scénographie de l'exposition CITES-CINES, Grande Halle de la Vilette, etc.
Son parcours en quelques dates
1952 Naissance à Lyon, petite enfance à Paris
1956 Vit deux ans avec ses parents à Rio au Brésil
1958 Retour à Paris, à proximité du Musée du Louvre
1962 Fréquente l'atelier du Musée des arts Décoratifs et pratique la peinture au Lycée
1971 Intègre l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts en Architecture
1977 Voyage à Rome où il étudie les anamorphoses architecturales du Baroque Italien
et découvre les fresques de Tiepolo
1979 Architecte DPLG, UP6, Paris La Vilette
1980 Réalise le décor du Privilège au Théâtre "Le Palace" de et avec Gérard Garouste
et l'Atelier Passe-muraille" (Paris)
1982 S'installe à Lyon puis réalise de nombreux décors (théâtre, cinéma, expositions...)
et des peintures en trompe l'œil.
1985 Découvre la peinture d'Edouard Hopper et commence à peindre sur le thème du cinéma
Rencontre Alexandre Trauner
1997 Enseigne dans le champ " Art et Technique de Représentation" de l'Ecole Nationale Supérieure
d'Architecture de Lyon
2007 Participe chaque année à l'encadrement des travaux des "expérimentations étudiantes"
de Lyon, at au jury de la Ville en 2010
Depuis 1989, Claude Gazier expose dans de nombreuses galeries en France ( Lyon, Nancy, Le Touquet, Cannes, Paris) et à l'étranger (Suisse, U.S.A.)
Participe à des expositions collectives et salons, notamment en 1997 à la 4ème Biennale d'Art Contemporain de Lyon et, comme Invité d'honneur au Salon de Printemps de Lyon en 2010
Son œuvre a fait l'objet d'unerétrospective magistrale à la Villa Tamaris près de Toulon début 2011
Claude Gazier par Jean-Luc Chalumeau (septembre 2010)
Un monde que nous n’aurons jamais fini d’explorer
Les fous de cinéma adorent la peinture de Claude Gazier : on les comprend. Mais les amateurs d’art aussi, quand bien même ils ne seraient pas tous férus de cinéma : c’est que ce peintre, malgré les apparences, ne parle pas que de cinéma. Il me semble que patiemment, obstinément, depuis 1985, il construit une esthétique originale à partir d’une autre esthétique et cela change tout : Claude Gazier a inventé un chemin original pour aborder le monde de l’objet esthétique, qu’il nous invite implicitement à suivre après lui. Essayons.
Tout artiste s’inspire du réel (il ne l’imite jamais) pour se mesurer à lui et le refaire. Or le réel de Claude Gazier est un réel au deuxième degré : celui des images du cinéma plus ou moins réalistes, plus ou moins oniriques, qu’il a choisies et combinées pour construire le monde particulier qui lui est propre.
S’il nous faut nommer ce monde, inutile d’additionner des titres (Gatsby le magnifique, Le Jardin des Finzi Contini, Le Mépris, Le Faucon maltais etc etc…) ; il s’agit du monde spécifique d’un auteur, un monde exprimé bien plus qu’il n’est représenté. Le monde de l’objet esthétique constitué par tout tableau de Gazier est un monde intérieur à cet objet, qui déborde à l’évidence la scène décrite, par exemple Bogart embrassant Bacall ou James Stewart guettant ses voisins de Fenêtre sur cour. Ces héros de cinéma étaient aux prises avec un certain monde ; le peintre qui les évoque est, quant à lui, aux prises avec un autre monde. Il est vrai cependant que les décors des films évoqués lui sont précieux. Certains plans ont été découpés comme des tableaux (il est des cas précis où le cinéaste s’est lui-même inspiré d’un tableau, ce qui fait que le « réel » de Claude Gazier n’est pas là au 2e degré mais au ne degré !). Cela dit, si le monde du peintre était simplement représenté, il ne se suffirait pas à lui-même, il serait indéterminé et incomplet : une nécessaire troisième dimension en serait absente, celle de l’expression. Chez Claude Gazier, un monde exprimé aimante le monde apparemment représenté.
Soit un grand triptyque : Gatsby le Magnifique ; du point de vue de l’artiste, une de ses œuvres les plus réussies (il a raison). Une œuvre véritable en tout cas, ce qui veut dire que même si elle déconcerte l’entendement (que fixent donc obstinément les regards des trois personnages masculins, relayés peut-être par le regard de la femme derrière eux, penchée au balcon ?), elle porte en elle le principe de son unité. Cette unité est à la fois l’unité perçue de l’apparence, ici rigoureusement composée (le point de fuite induit par les orthogonales du balcon et les ombres du mur coïncide sur le sol avec la direction des regards…) et surtout l’unité sentie d’un monde représenté par l’apparence, unité émanée de cette dernière en quelque sorte (au-delà du film de Jack Clayton, de l’univers romanesque de Francis Scott Fitzgerald, et encore au-delà, des figures devenues mythiques de Robert Redford et de Mia Farrow…) de telle sorte que le représenté signifie lui-même cette totalité et se convertit en monde. Le monde de Claude Gazier.
Oui, le nom du peintre doit être maintenant prononcé : l’auteur tel que l’œuvre le révèle est en effet le garant de ce que l’œuvre révèle. L’unité de l’atmosphère dans toute l’ œuvre féconde de Gazier, c’est véritablement l’unité d’une weltanschauung au sens d’une métaphysique vivante en l’homme : cette manière d’être au monde qui se révèle dans un comportement, en l’occurrence une façon absolument spécifique d’intégrer des images venues du cinéma qui n’a rien à voir avec on ne sait quel discours d’abonné de cinémathèque.
Le principe supérieur d’unité vient à l’objet esthétique selon Claude Gazier de ce qu’il est capable d’expression : il signifie non seulement en représentant, mais, à travers ce qu’il représente, en produisant sur moi qui le perçoit une certaine qualité d’impression que les mots ne sauraient traduire, mais qui se communique en éveillant un sentiment. Disons que cette qualité propre à Gatsby le Magnifique comme à toutes les autres peintures de Gazier est une « atmosphère de monde ».
Tous les éléments du monde représenté par Gazier, selon les modes de leur présentation qui sont particulièrement élaborés, même du point de vue strictement matériel (l’artiste travaille avec de la « cire et chaux sur granulat de marbre » ou bien du « béton moulé » ou encore de la « chaux et cire sur mortier » à moins que ce ne soit « sur sable », de manière à obtenir un grain, un velouté de l’image absolument original), conspirent à produire cette atmosphère de monde, elle-même inimitable.
Résumons-nous : chez Claude Gazier l’expression fonde l’unité d’un monde singulier. Il ne s’agit pas d’un espace percevable, ni d’une somme totalisable puisque je ne peux pas saisir cette unité du dehors. Elle procède d’une cohésion interne qui n’est elle-même justiciable que de la logique du sentiment : celui qui anime le peintre et l’inspire à partir de sa relation intime et constante au cinéma, son « objet petit a » aurait dit Roland Barthes. Je remarque que ce sentiment intègre, mais exclut aussi (jamais de scènes comiques ici). Le monde de l’objet esthétique constitué par l’ensemble des tableaux de Claude Gazier est ouvert, mais plutôt en « intension » qu’en extension, ou bien, si l’on préfère, en profondeur. Ce monde est une possibilité indéfinie d’ouverture à des objets liés, accordés à une qualité commune qui est tout simplement le goût de l’auteur pour un certain cinéma, et non pas n’importe quel cinéma. Les objets et les figures représentés par le peintre composent à l’évidence un monde, mais ils ne le composent qu’à la condition que l’expression apporte l’unité dans la multiplicité.
Le cinéma a lui aussi le pouvoir de convertir ainsi les objets qu’il représente, et c’est ce pouvoir de conversion que reprend, transforme, commente et sublime la peinture de Claude Gazier. Chez lui, le monde exprimé est comme l’âme du monde représenté qui serait son corps. La relation qui les unit les rend bel et bien inséparables, car c’est ensemble qu’ils constituent le monde de l’objet esthétique selon ce peintre étrange et inclassable à propos de qui tant de contresens apparaissent possibles. Mais c’est la rançon de la qualité particulière du « monde de l’œuvre » de Gazier : une totalité finie mais illimitée, qui est ce que l’œuvre nous dit à la fois par sa forme et par son contenu, sollicitant en nous aussi bien la réflexion que le sentiment. Si bien que nous n’aurons jamais fini d’explorer le monde de Claude Gazier.
Jean-Luc Chalumeau
septembre 2010